Hans Hollein, Urbane Konstruktion über Wien, 1960
Les villes dans la nouvelle science fiction
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Une ville idéale
Bartholomeus Delbene Civitas veri sive morum Paris 1609
L‘Utopie de Thomas Morus Illustration Amsterdam, 1730 Bibliothèque Nationale de Paris
La perte de la homogénéité / la perte des lieus identifiables
Le pouvoir du temps
Ruines des moules de Gallejo, Richmond, Néanmoins, la diagnose de la fin de la ville qui accompagne ces transformations structurelles depuis le dix-neuvième siècle ne signifie peine la disparition des unités de l’administration des habitants. Elle ne concerne rien d’autre que l’incapacité de maintenir le concept et les métaphores de la ville face à des réalités démographiques, géographiques et architectoniques [2]. Par conséquence, ce discours de la fin de la ville est sans fin. Il tourne au rond en thématisant les problèmes des solutions manquantes aux problèmes des temps modernes comme criminalité, pauvreté, pollution et circulation au ralenti. Si on lit des articles comme La fin des villes du sociologue Alain Touraine (dans l’hebdomadaire DIE ZEIT) on ne trouve aucune argumentation qui n’était pas déjà discutée au dix-neuvième siècle. On a l’impression que la ville est devenue le code administratif pour un ensemble de problèmes se montrant dans une certaine population. La fin de l’utopieQu’est-ce que signifie ce changement pour l’imagination utopique, c'est-à-dire de penser d'autres sociétés que celles qui actuellement sont possibles ? D’abord, on peut observer une certaine fuite de la pensée utopique. Cet ordre symbolique et physique a toujours été architectonique et urbanistique, dit Zygmunt Bauman, parce que l’architecture exprime la relation entre culture, pouvoir et territoire plus clairement. Dans l’utopie tous les processus historiques sont fixés à un moment, comme le fait la photographie : la territorialité rend possible la finalité. Bauman aussi reconnaît que cette condition de l’imagination utopique, la relation entre territoire, état, architecture et population est en train de se détruire irrémédiablement. Les économies globales ouvrent un nouvel espace engendré par des fleuves d’informations de finance, par des échanges de biens qui font dissoudre l’état national, les capitaux, la ville. Cette nouvelle logique d’un espace coulant détruit chaque ordre symbolique qui est fondé sur le territoire : the globe is full, dit Baumann, there is no hors de cité anywhere on the planet. La diagnose de Bauman concernant les chances pour des nouvelles formes d'utopies est impitoyable: le pouvoir et l’ordre territorial ne sont plus stables. Ils ne laissent pas de place pour l'imagination d’une finalité, d’une société différente : « The ’nowhere’ is no more place. The ‘u’ of ‘utopia’ bereaved by the ‘topos’, is left homeless and floating, no more hoping to strike its roots, to ‘re-embed’ » Tout ce que concerne la pensée de l’autre, ne se laisse plus fixer, par exemple dans une ville ou un futur idéal. La pensée de l’autre devient une vision privée qui change tous les jours. Le demain, en tant qu'idée d'une collectivité future, est perdu : l’imagination de l’autre reste une affaire privée qui se concentre sur l’organisation d’un jour différent et meilleur. L’utopie - une affaire privée?
La vision de l’Archigram, une groupe d’architecte anglais:
J’aimerais maintenant laisser les thèses de Bauman un peu dans l’air ; des thèses qui me semblent représentatives pour un discours intellectuel sur l’utopie, et je veux me concentrer sur la science-fiction comme culture populaire. Pourquoi ? La science-fiction jusqu’à ces jours-ci n’a pas tenu compte des thèses qui s’articulent dans le discours de Zygmunt Bauman. D’un point de vue distancé de son argumentation, le discours concernant la fin des utopies et la fin des villes supporte tacitement l’idée que les concepts des villes et de l’utopie sont des entités invariables en histoire qui permettent seulement deux « mouvements » : de se reproduire ou de disparaître. L’imagination utopique pourrait par contre se manifester dans d'autres domaines que des oeuvres philosophiques, politiques ou littéraires (c’était notamment l’idée d’Ernst Bloch). Pareillement concernant les villes comme premier espace du social : les sociétés pourraient produire d'autres espaces de condensation sociaux qui figurent comme centres ou laboratoires: ou comme des villes métaphoriques. Alors que le développement des représentations des villes en art et architecture est bien documenté, comme dans la grande expo « la ville. art et architecture en Europe » du Centre Georges Pompidou, une telle recherche manque, selon ma connaissance, concernant la culture populaire, précisément dans la science-fiction. Alors, en thématisant la science-fiction, il faut d’abandonner certains préjudices. Par exemple que la science-fiction parle toujours de l’avenir. Les années dix et vingt: Dans l’art, déjà la fragmentation de la perception des villes
Néanmoins, l’architecture avait encore d'autres idées pour sauver la ville en temps des turbulences de la modernité. L’architecture visionnaire ne se concentre pas aux bâtiments isolés, elle fait au contraire le « design » des villes comme un ensemble cohérent de l’architecture. Il semble que l’architecture s’appuie contre cette perception de la fragmentation dans l’art. L’art et l’architecture semblent fonctionner comme un système correspondant. L’architecture homogénéisante des années vingt
Henri Sauvage
L’iconographie des discours architectoniques des années vingts dans les films de science fiction
Metropolis (1927) de Fritz Lang
Pendant les années soixante-dix, la situation commence à changer.[4] De plus en plus il devient inadéquat de dire que la représentation des villes dans la science-fiction se réduit simplement à la reproduction du mémoire culturel. D’abord, dans le domaine de l’art, on pouvait découvrir un courant de représenter les villes de façon très réaliste, de soigneusement registrer le déclin des domaines urbains. Le tableau Stadtbild de Gerhard Richter montre un ensemble des maisons familiales. Et une série des photographies d’Alain Blonde documente le même lieu en des décades différentes, soigneusement registrant toutes les différences. Le regard néo-realiste d’e lart sur la ville et l’articulation de l’utopie perdu
La force visionnaire des architectures changeait simultanément : l’objet de désir de la création architectonique, ce n’est plus la ville, l’urbanité. Maintenant, c'est le bâtiment. Selon le manifeste de l'archit?ecture postmoderne de l’architecte Roberto Venturi, l’unité des conceptions d’architecture est devenue impossible, les isotopies sont des idées fausses. Ce sont des fragments des temps passés, des citations des styles déjà existants qui se manifestent dans des bâtiments postmodernes. On ne projette plus des rues, des quartiers ou des villes, mais des maisons dans un contexte cru historiquement. Où restait la vision de la ville utopique dans l’architecture ? Une série des créations d’un groupe d’architecte italien, Superstudio, le montre clairement. Une série de leurs tableaux s’appelle « Douze villes idéales ». Les villes comme unité et comme utopie restent vides.
Superstudio: Twelve ideal cities (extrait)
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Omega Man 1971 |
Resident Evli 2002 |
28days later (2002) |
C’est donc la fin de la ville en science-fiction, on pourrait dire. Mais, ce n'est définitivement pas la fin de l’histoire de l’imagination utopique dans les sciences-fictions, et ce n'est définitivement pas la fin des villes comme contexte des sciences-fictions aussi. Au contraire, c’est le commencement d’une vague de science-fiction, appelé cyberpunk, qui ne rendait pas seulement la science-fiction culte, mais créait aussi des images et des concepts qui ont influencé la technologie jusqu’à nos jours. Quand-même, il serait une erreur de penser que cette nouvelle imagination est indiquée directement par des innovations techniques nouvelles, comme l’internet. On peut montrer empiriquement que dans l’art et dans le domaine de la science-fiction se sont parallèlement montrés des nouvelles formes et concepts de l’espace : des espaces de communication et d'information sans la technologie qui aujourd'hui est associée à cet espace. En art par exemple, c’était Fred Forest, un ami Parisien de Vilhelm Flusser qui a expérimenté avec un nouvel « espace communicant » : un réseau comportant des lignes téléphoniques, des répondeurs, des postes minitel qui établissent une nouvelle sorte de relations entre communicants inconnus autour du globe (cf. l’illustration à droit: espace communicant, 1983).
Et c’était William Gibson, un écrivain canadien, qui a créé une métaphore de ces espaces de ?communication, indépendants des personnes communicantes : dans sa nouvelle Burning Chrome, paru en an 1984, il l’appelait « Cyberspace » : un espace imaginaire, un « nowhere », un utopos qui est néanmoins réel. Par sa métaphore, Gibson fait comprendre des processus d’interactions entre hommes/hommes, machines/hommes ou machines/machines comme espace. Cette idée n’est pas évidente, cette une nouvelle perception, qui avait néanmoins la force d’engendrer des réalités nouvelles. D’abord, il se formait un mouvement littéraire qui s’appelait Cyberpunk, un groupe d'écrivains américains, dont les romans jouent dans ce nouvel espace imaginaire, dans cette « hallucination collective » comment Gibson l’appelait. De plus, ce genre de littérature était bien lu par des techniciens jeunes qui expérimentaient avec les ordinateurs et réseaux électroniques. À l’exemple du roman de Neil Stephenson Snow Crash, on peut bien reconstruire comment cet univers littéraire a forcé la programmation de VRML, un langage de programmation bien connu qui peut établir un monde en trois dimensions sur Internet. Le but des jeunes programmeurs était explicitement la reconstruction de la ville virtuelle que Stephenson a désignée : le black sun – une ville, peuplée par des avatars, des personnes virtuelles programmées avec art.

Fred Forest: espace de communicant, 1983
C’est intéressant de voir, que cette ville idéale et virtuelle dans le roman de Stephenson est contrastée avec une ville réelle complètement défragmentée, sans centre, sans ordre. Les Etats-Unis n’existent plus, les états nationaux en général ont disparu. Dans ce sens, tous les romans de cyberpunk suivent la diagnose constatée dans le discours urbanistique et théorétique, mais ils repensent la ville dans un nouveau domaine, le cyberspace. Cette façon de voir était paradigmatique : On peut très bien reconstruire comme les nouveaux mondes électroniques étaient décrits avec des concepts empruntés du discours urbanistique.
Sous ce rapport, il faut tenir compte du fait que Gibson et les auteurs de Cyberpunk sont loin de l’idée traditionnelle d'une science-fiction qui prévoit l’avenir. Au contraire, pour Gibson, l’idée que la science-fiction agisse de la future est naïve. Pour lui, la science-fiction est un genre littéraire qui veut saisir un présent plus étrange que la plupart des sciences-fictions pourraient imaginer.
Alors, avant l'époque de l’internet, les Cyberpunks ont créé un horizon d’interprétation, un lieu imaginaire, une utopie qui a engendré de nouvelles réalités. Parallèlement avec le développement de l’internet, centaines de nouvelles villes émergeaient dans ce nouveau non-lieu : des cybercities, des villes virtuelles, des cités électroniques qui essayent de simuler le même sentiment d’agir que des cités réelles : il y a des rues, des magasins, des cafés, des banques. Beaucoup des entreprises étaient enthousiastes. Mais, le culte des Cyberpunks a forcé des espoirs et des imaginations qui étaient exagérées : Entre-temps, la plupart des adresses électroniques sont mortes, les cybercities sont vides comme le Londres de 28 days later. C’est évident : la vie quotidienne n’a pas trop changé. Boire un café, faire les courses, dîner ensemble sont restées presque les mêmes activités depuis des douzaines d'années. L’idée de redoubler simplement la ville dans le cyberspace était inféconde.
Dans le nouveau roman de William Gibson, Pattern recognition, il ne joue plus dans le futur, un acteur est introduit comme le jeune héros mystérieux avec tous les insignes de cyberpunk: manteaux en cuir noir, lunettes noires. Alors, ce héros avait créé une entreprise .com qui vient de faire faillite. Il travaille maintenant comme détective privé, aidant l’héroïne. Ce que commence comme une histoire d’amour finirait par des scènes tragiques-comiques où le .com détective suivait obstinément une fausse trace pendant la plupart du roman. Le commentaire final de l’héroïne est remarquable: “Lui ? Il était complètement inapte”. On peut lire cette histoire comme le commentaire moqueur de William Gibson sur l’interprétation trop textuelle de son imagination littéraire.
Comme conséquence, il semble qu’on peut observer une nouvelle fuite de la pensée utopique, maintenant devant l’avenir. Le plupart des auteurs des sciences-fictions du dernier vague écrivent maintenant sur les temps contemporains ou passés. De plus, les tirages des romans de science-fiction nettement baissent au moment, même Hollywood a réduit la production de films de ce genre. Alors, la thèse de la fin de l’utopie peut-elle finalement être considérée comme prouvée aussi dans le domaine de la culture populaire ?
J’aimerais revenir aux thèses initiales : le discours sur les deux fins de la ville et de l'utopie présume la continuité de deux catégories : l’identité des lieux dans l'espace (villes) et la pensée des finalités des temps (utopie). La pensée utopique changeait du roman classique à la culture populaire il y a environ cent ans. Peut-être elle a déjà trouvé un autre médium d'articulation entre-temps. Néanmoins, on peut très bien observer une transformation de la pensée utopique dans le domaine de la science-fiction aussi, des sciences-fictions qui survivent le dernier succès passé.
Bauman a peut-être raison quand il dit qu’avec la crise des villes et la fin de l’utopie naît une nouvelle individualité. Mais l’individuel – la psychologie et la sociologie le disent depuis longtemps – représente une idée qui n’est à peine à fixer. L'identité aussi est un u-topos. Et comme l’imagination utopique classique est fondée sur un certain concept de l’architecture, de la ville, les idées de l’individualité se fondent sur le corps humain comme porteur des individualités. Comme la métropole moderne est en même temps une construction idéelle et une architecture réalisée, le privé est l’amalgame du corps et un domaine imaginaire : l’individualité. Alors, la conclusion de Bauman que la pensée utopique est arrivée au bout, est éventuellement tirée trop vite.
Si on consulte les oeuvres de l’utopie classique, on peut bien observer une concentration signifiante accordée au contrôle et à la manipulation des corps. Très bizarrement, la description des sociétés utopiques nous donne toujours l’information exacte, combien de corps se trouvent dans les villes utopiques : La république de Platon comportait 5'040 habitants, More décrit soigneusement la régulation des nombres des habitants dans une ville qui est prescrite par loi ; une unité de la ville idéale de Robert Owen peut recevoir 1200 personnes, une phalange de Fourier 1.600 personnes. Même l’imagination des villes idéales par Corbusier est liée à un nombre exact d'habitants : trois millions. Cette relation entre le contrôle du corps et les conceptions des villes dans la culture européenne va plus loin. Elle est montrée dans l’étude impressionnant de Richard Sennett : Flesh and Stone: The Body and the City in Western Civilization.
Regardons les mouvements des corps dans les films de science-fiction nouveaux. L’hypothèse est la suivante : en même temps que la représentation des villes devient plus réaliste, la représentation des corps commence à se transformer à un niveau imaginaire qui modifie le sens de l’utopie comme non-lieu de nouveau. Ci-dessous, des extraits d’un film de la dernière vague de science-fiction. Johnny Mnemnonic. William Gibson est l'auteur du scénario. Les villes dans ce film sont présentées presque traditionnelles : les métropoles sont en crise. Mais ce qui est remarquable, c'est la représentation des corps: le corps reste d’abord en-dedans des coordonnées traditionnelles du temps et de l'espace. Mais il se transforme soi-même en espace, aussitôt qu'il est connecté au nouvel espace de l’information : le cyberspace. C’est à vous à décider si l’esthétique de cet espace rassemble à celle des villes futuristes déjà présentées.
Le corps comme "cyberville intérieure" : Johnny Mnemnonic (Roberto Longo, 1995)
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Connection |
Passage à cyberspace |
entrance dans la "cyberville intérieure" |
la "ville intérieure" |
Cette multiplication de l'espace à la base de corps humains peut également être observée dans d'autres films fameux comme Lawnmower Man (Leonard Brett, 1992). Le film Tron (Steven Lisberger, 1982) montrait déjà en début des années huitantes comment l’espace électronique et la ville réelle se commencent à rassembler et confondre en même temps.
Même la fameuse trilogie Matrix montre ce motif . La ville contemporaine de Matrix est traversée par d' “autres espaces” : la vie contemporaine simulée (la Matrice) existe parallèlement avec la ville des machines (Machine City) engendrant cette réalité virtuelle. Finalement, au-delà de la Matrice il y a la ville cachée. Les champs des corps humains servant comme source d’énergie pour la ville des machines.
Dans tous ces films, on peut observer le même processus : Le corps devient le catalyseur où ils se réalisent ces différents espaces. Il figure comme une porte entre des espaces différents. Le corps est espace et agent dans cet espace simultanément, suivant le même esthétique aussi.
Les villes co-existantes dans le film « Matrix »
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Machine City |
La Matrice (ville simulée) |
Les champs des hommes prisonniers |
Moins spectaculaire, mais plus subtil que Matrix, et plus confus concernant le même problématique est le film du régisseur japonais Mamoru Oshii de l’an 2001, produit en Pologne. Pour moi c’est une rupture de l’esthétique concernant la représentation de ces nouvelles réalités. Le récit commence de façon presque banale. Dans les villes tristes du postsocialisme, un nouveau jeu de vidéo illégal est le seul lieu d'évasion. Cet espace s’ouvre « dans le corps » en se connectant aux serveurs du jeu électronique. Alors, l’héroïne découvre un espace secret, un secret level, qui’s appelle « réalité ». Ce level est filmé de façon très naturaliste, contrairement à la ville dans laquelle l’héroïne vit d'habitude. Mais le soupçon que cet espace qui s’appelle « réalité » est la vraie réalité, est très vite détruit. Ce qui existe, ce sont des espaces coexistants, se transperçant dans un sens complexe, mais toujours présentés comme une réalité quotidienne. Les corps changent entre ces différents niveaux de réalités. Ils ouvrent de nouveaux espaces où ils sont toujours en danger de se perdre.
Confusion de l’espace et réalité: le corps dans la ville comme interface
Avalon de Mamouro Oshî (2001)
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La ville triste où l'heroïne habite |
Le passage au réalité du jeux électronique |
Le monde du jeu électronique |
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Elle trouve maintenant le passage au "secret level". |
Elle se retrouve "dans" le "secret level" de ce jeux. |
La réalité? |
C’est la vision complètement réaliste d’un jour normal qui nous donne ce film de science-fiction. Ce scénario urbain est quotidien, mais quand-même troublant, donne de soupçon ce que pourrait arriver, demande une attention énorme. La science-fiction est arrivée au présent.
Comment est-ce qu’on peut interpréter cette forme de montrer les villes et les corps dans les nouveaux films de science-fiction? La représentation des villes dans ces films suit la diagnose actuelle : elles sont fragmentées, elles sont la plupart des temps en crise. Il n’y a pas de changement des coordonnées de temps et de l'espace : ce sont nos villes du présent, ou de la future proche. Les corps des individus, objets de transformations favorisés du mouvement Cyberpunk, restent visiblement les mêmes que dans la vie quotidienne.
Mais l’espace traditionnel des villes contemporaines interfère avec les autres espaces dans ces films. Le dictum de Georg Simmel : wo ein Ding ist kann kein anderes sein, est mis en question. Mais, cette vision n’est pas abstruse, elle est dans un certain degré liée aux expériences quotidiennes. La sociologie de l’espace a depuis longtemps montré que des personnes différentes vivent dans des différents espaces, même s’ils habitent le même lieu, la même ville, le même quartier. Mais le nouveau film de science-fiction montre plus que l’expérience des environnements différents dans le même territoire.[5]
Ce que montrent les nouveaux films de science-fiction, c'est l’interaction et le redoublement des différents espaces par la technologie, mettant en question le sens de l’utopie : ce que l’utopie désigne n’est plus un non-lieu imaginable. L’utopie montre une multiplication des lieux dans le même espace - médiatisée par des corps et la technologie de communication - qui met en question les catégories fondamentales de notre pensée concernant l'espace et le temps et notre possibilité de penser l'utopie. Ce genre de science-fiction ne montre plus d' autres lieux comme lieux alternatifs de notre existence, localisés dans l’avenir. Devant la coulisse traditionnelle de notre ville, elle montre la co-présence d'autres réalités. Cette science-fiction nous ne livre pas des nouveaux concepts ou analyses : elle met en image la réalisation d’une transformation technique de notre présence anthropologique qui affecte notre définition du réel, notre hic et nunc comme être humain dans un environnement stable “en viande et pierre” .[6] La science-fiction était visionnaire. Maintenant elle est devenue réaliste.
Même si ce processus signalise la fin de l’utopie, la fin de la science-fiction comme pronostic de l’avenir: Le plus rassurant de ces fantaisies est qu’ils abandonnent toute vision totalisante et homogénéisante des villes comme forme sociale. Et le plus agréable de ces visions nouvelles : On peut très bien éteindre techniquement cet avenir cachée, aussitôt que les comportements bizarres de nos appareils de communication donnent l’impression que ces idées des espaces cachés ne sont pas toute à fait fausses. Une utopie?
Remarques
[1] Hernot, Yann: “La science-fiction. Entretien avec Pierre Bourdieu”, dans Science-Fiction, n° 5, octobre 1985, pages 166-183.
[2] Cf. Préface de: Fuchs, Gotthard, Bernhard Moltmann und Walter Prigge, (éds.), 1995: Mythos Metropole. Frankfurt am Main: Suhrkamp.
[3] Bauman, Zygmunt, 2003: Utopia with no topos, History of the Human Sciences, 16, S. 11-25.
[4] Une autre étape du développement des représentations des villes que j’aimerais sauter, parce qu’elle est bien connue, ce sont les phantasmes des catastrophes, comme Susan Sontag les appelait: Les villes complètement détruites. C’est bien évident qu’il s'agit aussi des spectres des guerres mondiales. Ce phantasme de destruction est aussi accompagné d'un sujet parallèle dans l’art après-guerre qui aujourd’hui a disparu. Bien sûr les films plus élaborés dans ce genre – et pour des raisons bien compréhensibles après Hiroshima – ce sont les films Godzilla japonais. De nouveau, la science-fiction porte la mémoire des anciennes représentations des villes. Dans les films de Roland Emmerich, par exemple, New York est détruit répété, soit par des monstres, des martiens ou des catastrophes climatiques.
[5] Et ces expériences sont presque réalistes. Un exemple : Dans le bus, mon voisin qui est assis prés de mois est connecté à un autre lieu, s’ il communique avec un autre par portable. Il est physiquement prés de moi, parle acoustiquement avec une personne près de moi qui se trouve effectivement ailleurs. Cette schizophrénie de l’espace, dérangeant la condition anthropologique humaine, est peut-être la raison que des conversations avec des portables dans l’espace public énervent la plupart des hommes. Mon voisin téléphonant est bien localisable par des technologies d’information, par son numéro de portable par son répondeur, par sa présence à l'internet, même si le bus bouge très vite. Mais où se trouve cette adresse électronique dans l'espace et le temps ?
Un autre exemple : Pendant le congrès du parti républicain à New York cette année, on pouvait observer des protestations massives. Au début, les émeutes étaient très difficiles à prévoir : les protestataires s'organisaient par les SMS de leurs portables. Mais entre-temps la police a surveillé le trafic SMS aussi. Pour cette raison, les protestataires n’étaient jamais sûrs si la police n’est pas déjà là. Et la police n’était pas sûr si leur observation est déjà une part du jeu. Les stratégies urbanistiques de Haussmann pour contrôler les masses à l’aide de l’architecture sont devenues superflues, l’architecture est pénétrée et modifiée par l’espace électronique des informations.
[6]Cf. Sennett, Richard, 1994: Flesh and stone. The body and the city in western civilization. New York etc., Norton.